Notre mission :

Les Antennes de paix se proposent de

· capter et relayer les appels de populations aux prises avec des situations de violence et d’injustice, génératrices de conflits destructeurs voire meurtriers;

· faire mieux connaître les initiatives des artisanes et artisans de paix essentielles au devenir de ces communautés humaines : www.prixdupublicpaix.org

· utiliser les nouveaux médias pour contribuer à mieux faire connaître et aimer l’ensemble des peuples et des êtres humains :http://antennesdepaix.org/
et
www.24365p.org



26 mai 2016

RDC : des massacres qui n’en finissent plus!



Depuis octobre 2014, les environs de la ville de Beni dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) sont le théâtre de massacres comptant parmi les pires de l’histoire récente du Congo. Un récent rapport cite les membres de l’armée parmi les responsables de ces atrocités. La mission de l’ONU et le gouvernement congolais ont déclaré publiquement que les massacres sont l’œuvre des rebelles ougandais des Allied Democratic Forces (ADF). Les organisations de la société civile du Nord Kivu affirment que plus de 1 000 personnes y ont été tuées depuis octobre 2014.
Par ailleurs, sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter, les hashtag ‪#‎JesuisBeni et #‎JusticeforBeni ont été créés pour dénoncer la mollesse des autorités congolaises face à ce que certains internautes qualifient de «massacre en silence de la population à Beni».

Vital Kamerhe, président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC)  et cadre de la Dynamique de l’opposition affirme : « La stratégie, c’est de distiller la peur, la terreur pour que les gens quittent leurs villages et laisser des nouveaux occupants venus d’autres pays s’installer (…)»
De toute apparence, la précarité de la situation dans laquelle la population de la région de Beni vit ne semble pas préoccuper le pouvoir de Kinshasa dont la police nationale ne s’est pas empêchée de disperser, samedi 21 mai à Kinshasa, une marche pacifique organisée pour soutenir les populations meurtries de Beni au Nord-Kivu. D’après certaines sources, cette manifestation était organisée par une partie de la société civile et certaines formations politiques.
La situation en RDC en général et dans les Kivus en particulier est d’autant préoccupante qu’il faut toujours se demander à qui profite cette tragédie. Les tireurs des ficelles dans la région se comptent par dizaines, pays limitrophes à la RDC, multinationales et d’autres pays qui entretiennent des liens économiques qui ne profitent jamais aux populations locales. Ces dernières sont condamnées à vivre des cauchemars du fait de la richesse du sol et du sous-sol de leur territoire nationale, condamnées à composer avec une guerre politique, économique et d’occupation qui leur est imposée.
Ferdinand Djayerombe Vaweka

L’Afrique du Sud pris au piège de l’Apartheid économique



Deux décennies après la démolition contrôlée de l’Apartheid politique, l’Afrique du Sud est aux prises avec de nouveaux «combattants de la liberté » qui réclament, cette fois, le démantèlement de l’Apartheid économique. C’est le combat des Economic Freedom Fighters (EFF) de Julius Malema, ancien président de l’aile Jeunesse de l’ANC démis en 2012 pour « indiscipline », et diabolisé à souhait. Cet ancien partisan du président Jacob Zuma s’oppose à lui parce que Zuma, impliqué dans divers scandales, se limite à  « gérer » l’Apartheid économique, au lieu de le réformer. L’a rejoint dans ce combat Zwelinzima Vavi, ancien dirigeant du COSATU (Congrès des syndicats sud-africains), devenu l’un des animateurs du Sommet des travailleurs déçus par l’ANC et ses  filiales installées au pouvoir depuis 1994. Dans un réquisitoire de 2000 mots qu’il a signé après le discours du budget le 4 mai, Vavi accuse Zuma d’avoir “raté une occasion de fixer le public dans les yeux et de lui parler des défis auxquels fait face le pays ».

Une nouvelle fédération syndicale

Il n’a pas adhéré aux EFF de Malema, 3e parti du pays. Il a fait mieux : le Workers’ Summit a lancé le 1er mai une Fédération syndicale qui compte déjà 1,1 million de membres issus de 51 filiales. Sous le slogan « Le temps est venu », la Déclaration est un manifeste anti-capitaliste et anti-néolibérale, pour une Afrique du Sud démocratique, non raciale, non sexiste, socialiste et internationaliste, et d’autogestion ouvrière. «La création de cette centrale est vitale au regard de la crise que vit le pays 22 ans après la percée démocratique du 27 avril 1994 : la vie quotidienne de la classe ouvrière est faite de chômage de masse, de pauvreté, d’inégalité extrême, de racisme, et de corruption généralisée», y lit-on.

Marikana, le Sharpeville de l’ANC
Le massacre de Marikana en 2012 a marqué une rupture pour l’ANC : la police a alors tué 44 mineurs et en a blessés 78 pour réprimer une grève contre la firme Lonmin. Il a été baptisé « le Sharpeville de l’ANC », en référence à la tuerie de 1960 par le régime de l’Apartheid. L’ANC a une majorité absolue mais son pouvoir est contesté par une jeunesse en colère, qui déboulonne les statues d’icônes de l’Apartheid. Elle se rallie aux mots d’ordre de l’EFF et du Workers’ Summit pour la réforme agraire et l’autogestion.
Sur les médias sociaux, le hashtag #ZumaMustFall est devenu viral. Après le coup au Brésil, que signifie cette contestation pour cet autre membre du BRICS ? Quel regard porte l’Empire US/UE/OTAN sur la crise, lui qui tient mordicus à l’Apartheid économique? Questions à suivre.
Jooneed J Khan, journaliste et militant de droits humains

3 mai 2016

Daniel Berrigan, prêtre et militant pour la paix, meurt à 94 ans

DANIEL BERRIGAN, JÉSUITE, PACIFISTE ET NONVIOLENT (1921-2016)

Impossible de rendre justice, en moins de 500 mots, à ce géant du 20e siècle: une figure aussi importante, pour le catholicisme américain, que Dorothy Day et Thomas Merton dont il était d'ailleurs ami. Dan Berrigan a été toute sa vie un résistant à ce qu’il nommait lui-même «l’impérialisme militaire américain». Poète autant que théologien, il a publié plus d’une quarantaine de livres, dont une autobiographie publiée en 1987, To Dwell in Peace, et reçu de nombreux prix et honneurs.

Avec son frère Philip, il a été à l’origine du mouvement religieux de résistance nonviolente à la guerre du Vietnam, puis aux armes nucléaires. Après avoir voyagé à Hanoi, avec l’historien Howard Zinn en janvier 1968, pour obtenir la libération de trois aviateurs américains prisonniers de guerre, ce n’est qu’à 47 ans qu’il s’engage activement dans la désobéissance civile. Le 17 mai 1968, avec Philip et sept autres résistants, il brûle des centaines de cartes d’enrôlement militaire à Catonsville, avec un napalm symbolique qu’ils avaient eux-mêmes fabriqué: ce sera le premier de nombreux procès qu’il subira, celui des Catonsville Nine, dont il tirera d’ailleurs une pièce de théâtre qui deviendra même un film en 1972. Condamné à la prison, il passera à la clandestinité pendant plus de quatre mois, donnant des entrevues et des sermons, avant que le FBI ne le trouve enfin et l’emprisonne. L’autre geste d’éclat dont on se souvient le plus marque le début du mouvement informel Ploughshares (inspiré du texte d’Isaïe, 2,4: «De leurs épées, ils forgeront des socs de charrues»): le 9 septembre 1980, Dan, Philip et six autres pacifistes s’introduisent dans le complexe de missiles nucléaires de King of Prussia, en Pennsylvanie. Ils endommagent quelques têtes nucléaires avec un marteau et versent du sang sur les dossiers de l'usine. Le procès qui en découlera sera immortalisé dans le film d’Emile de Antonio, In the King of Prussia, sorti en 1982. Cet activisme pacifiste et nonviolent par des militants chrétiens inspirera plus d’une centaine d’autres actions à travers les États-Unis menées par de nombreux groupes Ploughshares.

Mais au-delà de ces gestes nombreux et courageux contre la guerre, les armes nucléaires, et les si nombreuses injustices dont sont victimes les pauvres tous les jours, Daniel Kerrigan aura constamment interpellé les Églises chrétiennes et sa propre communauté religieuse pour les pousser à devenir des témoins toujours plus fidèles aux exigences de Jésus. Pour lui, nos institutions religieuses se faisaient beaucoup trop souvent complices, au moins par omission, des horreurs de la guerre et des injustices de sa société. Il aura été, jusqu’à presque 95 ans, un témoin à la fois exigeant, modeste, joyeux et inspirant de la Bonne nouvelle de paix et d’amour dont notre monde a terriblement besoin.

Texte: Dominique Boisvert